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Présentation du projet photographique derrière l’exposition Tchernoland : 30 ans, Tchernobyl

(Texte de David Desjardins)

Depuis longtemps, les médias tirent profit de la fascination que nous entretenons pour les faits divers. Enlèvements, accidents de voiture, noyades, inondations et meurtres émaillent nos bulletins de nouvelles. Certains diront qu’ils en sont l’essence, que la seule actualité véritablement payante pour un organe de presse est celle qui permet au public de voir l’un de ses semblables se casser le cou.

Mais la télé ne suffit plus. Nous voulons voir le malheur, y toucher, s’en approcher pour nous sentir vivants, pour tutoyer la mort, désormais absente du quotidien. C’est ainsi que le tourisme de catastrophe rejoint le circuit des grands monuments du monde.

C’est ce récit que font les photos que Guillaume D. Cyr rapporte de Tchernobyl.

Elles nous disent la rencontre de touristes avec un décor sans intérêt, l’exploitation éhontée d’un endroit qui n’a rien à déclarer, sinon l’histoire de gens sacrifiés par négligence. Pas de plan de génocide, comme ce dont témoignent les camps de concentration nazis, par exemple, et qui peuvent servir de rappel à l’humanité quant à la capacité qu’a l’homme de devenir un monstre. Le sarcophage, ici, ne recouvre qu’un échec de la technique.

Quelques accessoires trop bien placés composent la mise en scène bancale. Un musée des atrocités (conservées dans le formol) viendra compléter le nécessaire bagage d’images pour mieux fabriquer les souvenirs qui nous éperonnent dans notre confort.

Tchernobyl est un parc des horreurs pour touristes revenus de tout qui, entre deux virées de magasinage à Kiev, tuent le temps pour oublier que le leur est compté. 

 

Biographie de l’artiste 

Guillaume D. Cyr est né en 1982 à New Richmond en Gaspésie. Depuis plusieurs années, ilvit à Québec et y travaille comme photographe professionnel. En 2008, il obtient un baccalauréat en arts visuels à l’Université Laval suite à sa formation technique en photographie du Cégep de Matane. Étant un artiste versatile, il aime autant pratiquer une photographie artistique que commerciale. En 2010, il crée son propre studio de photographie dans le quartier Saint-Sauveur.

 

Démarche artistique 

Ma démarche artistique s’inscrit dans une volonté de porter un regard sur ce qui nous entoure et d’en faire ressortir le point de vue formel et esthétique ainsi qu’une vision positive ou critique. Je m’intéresse principalement à l’homme, son travail, son mode de vie, son histoire et à la trace que celui-ci laisse dans le paysage. Une approche entre l’art et le documentaire, un travail humaniste parfois exempt d’humanité. La photographie étant une exploration du réel, il s’avère intéressant pour moi de révéler le pouvoir esthétique insoupçonné d’un objet abandonné ou d’apparence disgracieuse ainsi que de mettre en valeur, à travers mon regard, les gens qui se retrouvent devant l’objectif. J’adopte ainsi à chaque fois un point de vue singulier sur notre façon de percevoir tant les choses laissées par l’homme à la nature, les constructions humaines et les gens qui m’entourent. Par une simplicité formelle et souvent cartésienne, les sujets que je photographie révèlent à la fois une curiosité de la forme et une sensibilité du regard sur les traces de l’histoire et celle de l’homme. Cette présence humaine, même si elle peut être parfois dissimulée, voire absente, est également fondamentale dans mon travail.

Site web de l’artiste : www.guillaumedcyr.com

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