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Depuis trois ans, la direction artistique du Cercle pose la problématique de l’identité, de l’hospitalité à l’autre et ce, à partir de ce qui nous déborde. Ce qui occupe notre réflexion est précisément notre capacité à accueillir et à faire exister ce qui nous est étranger tout étant actif au cœur de nos constitutions et de nos créations.

L’acte artistique laisse exister une faille au cœur de nos identités, entame les modes de constitution programmée du sujet, qu’ils soient d’ordre historiques, sociologiques, psychologiques ou physiologiques. L’acte artistique à ce pouvoir de la laisser s’étendre jusqu’à ce qu’elle fasse craquer les limites de nos perceptions de nous-même, des autres… du monde qui nous entoure.

Quatre « thèmes » ont été choisis considérant leur potentiel à traiter des enjeux sensibles portés par la société québécoise autant que par des individus singuliers. Chaque fois, nous en invitons des artistes ou groupes de différentes disciplines et réseaux à collaborer, à entrer en dialogue avec ces « thèmes ».

Voici les 4 thèmes et la façon dont je les pose :

L’inquiétante étrangeté, notre rapport à nous mêmes et au monde via la médiation de l’image. J’aborde l’inquiétante étrangeté comme un sentiment « existentiel », au sens où il interroge notre rapport sensoriel, affectif, pratique et cognitif au monde extérieur. Il rend certes compte de la désorientation du sujet face au monde contemporain dans lequel tombent les balises du familier, mais aussi de la constitution problématique de notre rapport à l’image. le phénomène d’Inquiétante étrangeté s’apparente à celui de dépersonnalisation…

La Nordicité, notre rapport au territoire, à notre habitat. La Nordicité comme une dimension de notre espace-temps physique et mental. Cette blancheur horizontale qui tout à la fois nous captive et nous ex-proprie, se logeant d’abord dans les esprits, traversant les corps, pour se prolonger dans les opinions, attitudes, activités quotidiennes jusqu’au geste artistique en qui il trouve sa résonnance poétique.

Le Féminin, notre rapport à l’identité sexuelle. Au-delà d’une définition des genres, essayer d’avancer sur la dimension d’inédit de sa condition contemporaine. De façon positive, je veux parler du féminin en termes d’une expérience de l’incarnation d’un hors sens qui travaille à même le corps et qui échappe et déborde les exigences sociales et symboliques. Cet excès qui ne s’arrime ni aux lois ni aux croyances qui structurent le lien social « déborde les limites du sexuel et n’est pas réductible au discours usuel ».

Les Premières Nations, notre rapport à l’Histoire et aux montages de notre mémoire collective. Essayer de dessiner les contours d’un possible rapprochement, d’une ouverture sur l’apport des cultures des premières nations dans la construction de notre identité partagée. Et ce, en invitant à la fréquentation des spectres comme le préalable à toute émancipation. Faire émerger dans le champ de nos visions occupées les fantômes qui hantent la mémoire des Premières Nations et qui font in retour dans nos rapports à celles-ci.

Caroline Simonis
Directrice artistique du Cercle-Lab vivant.

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